Un salarié qui recharge le véhicule de l'entreprise chez lui avance de l'argent. Ce qu'on peut lui rembourser, et comment, dépend d'abord de qui possède le véhicule.
- Véhicule de l'entreprise, 100 % électrique éligible : l'employeur peut rembourser 100 % des kilowattheures sans créer d'avantage en nature. Les frais d'électricité sont expressément exclus de l'assiette.
- Le plafond de 50 % qu'on lit partout ne vise que les frais de borne, pas l'électricité : le texte le précise entre parenthèses.
- Un hybride rechargeable ne fonctionne pas exclusivement à l'électricité : il sort du régime favorable. Depuis le 01/02/2025 s'ajoute une condition de score environnemental.
- Borne installée au domicile : exonérée sans plafond si elle est retirée en fin de contrat ; sinon 50 % dans la limite de 1 057,10 € (cinq ans ou moins) ou 75 % dans la limite de 1 585,50 € (plus de cinq ans), valeurs 2026.
- Véhicule personnel : la recharge est déjà comprise dans le barème kilométrique, majoré de 20 % pour l'électrique. Aucun cumul avec un remboursement séparé des kilowattheures.
- Pour le trajet domicile-travail, la prime de transport est exonérée jusqu'à 600 € par an — mais elle ne se cumule pas avec la prise en charge d'un abonnement de transports publics.
- La supervision, elle, n'est vraisemblablement exonérée qu'à moitié : faute de doctrine publiée sur ce point, nous rattachons l'abonnement aux frais liés à la borne, plafonnés à 50 % des dépenses réelles. C'est pourtant la méthode qui relie le plus directement une session à un véhicule.
Règles vérifiées le 11/08/2026, indicatives et non contractuelles.
Combien coûte vraiment une recharge à domicile ?
Le calcul tient en trois grandeurs : les kilomètres, la consommation et le prix du kilowattheure. Une compacte électrique consomme environ 17 kWh aux 100 km au compteur. Sur 15 000 km par an, cela représente 2 550 kWh ; si 80 % sont rechargés à la maison, 2 040 kWh passent par le compteur du salarié.
Au tarif réglementé du 1er août 2026, ces 2 040 kWh coûtent 324 € par an en heures creuses (0,1589 €/kWh) contre 408 € en option base (0,2001 €/kWh). Soit 27 € ou 34 € par mois — et 84 € d'écart annuel pour un simple réglage de programmation.
Beaucoup d'estimations ajoutent 10 à 12 % de « pertes de recharge » à la consommation constructeur. C'est un double comptage : la consommation homologuée WLTP est mesurée entre le réseau et le véhicule, elle contient déjà ces pertes. Seule la consommation lue au tableau de bord, mesurée côté batterie, doit être corrigée.
Peut-on rembourser sans créer d'avantage en nature ?
Oui, et le texte est net. L'arrêté du 25 février 2025 dispose que l'avantage en nature d'un véhicule mis à disposition « ne tient pas compte des frais d'électricité engagés par l'employeur pour la recharge du véhicule ». L'employeur peut donc prendre en charge l'énergie sans que cela s'ajoute à l'assiette.
La confusion vient du plafond de 50 % que l'on cite partout. Il existe bien, mais il concerne les frais liés à la borne — location, entretien, autres coûts d'utilisation — et le même texte précise entre parenthèses « hors frais d'électricité ». Les deux règles visent deux objets différents : l'énergie du véhicule d'un côté, l'équipement de l'autre.
À quelles conditions ?
Le régime favorable n'est pas automatique. Il vise les véhicules fonctionnant exclusivement au moyen de l'énergie électrique : un hybride rechargeable en est exclu, quoi qu'on lise ailleurs. Et pour une mise à disposition postérieure au 1er février 2025, s'ajoute le respect d'une condition de score environnemental prévue par le code de l'énergie.
Un véhicule électrique non éligible à ce score, ou un hybride rechargeable, ne relève donc pas du verdict favorable. C'est le premier point à vérifier avant d'écrire une politique de recharge.
Et si le salarié utilise sa propre voiture ?
Tout change. Pour les déplacements professionnels, le remboursement passe par les indemnités kilométriques ou par les frais réels. Si l'entreprise applique le barème kilométrique — majoré de 20 % pour un véhicule électrique —, la recharge y est déjà comprise au titre des frais de carburant. Rembourser en plus les kilowattheures reviendrait à payer l'énergie deux fois.
Pour le trajet domicile-travail, c'est la prime de transport qui s'applique : les frais d'alimentation d'un véhicule électrique personnel sont exonérés jusqu'à 600 € par an. Mais le dispositif est réservé aux salariés contraints d'utiliser leur véhicule — commune non desservie par un transport collectif régulier, ou horaires particuliers — et l'article L. 3261-3 du code du travail interdit le cumul avec la prise en charge d'un abonnement de transports publics.
Comment justifier le remboursement ?
C'est la question que personne ne tranche. Aucune doctrine officielle n'impose de sous-compteur ni de borne communicante. En revanche, un remboursement de frais professionnels doit correspondre à des dépenses réelles et justifiées. Quatre méthodes coexistent, et elles ne se valent pas.
| Méthode | Ce qu'elle prouve | Attribue la session à un véhicule ? |
|---|---|---|
| Borne communicante et supervision | Sessions horodatées, kilowattheures mesurés | Oui |
| Sous-compteur dédié | Kilowattheures mesurés au point de charge | Non |
| Estimation par les kilomètres | Un calcul, si la méthode est écrite | Non |
| Aucune mesure | Rien d'opposable | Non |
Pourquoi la supervision change la nature de la preuve
Un sous-compteur mesure la borne, pas le véhicule. Chez un salarié dont le conjoint roule aussi en électrique, les kilowattheures ne sont plus séparables — et le remboursement devient indéfendable. La supervision, elle, identifie la session par badge ou par le véhicule, et sort un relevé mensuel par collaborateur. C'est la méthode qui répond le plus directement à la question « qui a rechargé ? ».
L'électricité est exclue en totalité. L'abonnement de supervision, vraisemblablement pas. L'article 4 de l'arrêté vise les « autres frais liés à l'utilisation » d'une borne installée hors du lieu de travail et les plafonne à 50 % des dépenses réelles — sans nommer un abonnement de supervision. Par prudence, nous l'y rattachons — sans plafond en euros, celui-ci ne valant que pour l'achat et l'installation. La parenthèse « hors frais d'électricité » du même alinéa existe précisément pour séparer les deux. Concrètement, sur 8 € par mois d'abonnement, environ la moitié est réintégrable — quand les 27 € d'électricité du même mois ne le sont pas du tout.