L'essentiel

Un camping ou un hôtel qui facture la recharge fixe librement son prix, mais son plancher n'est pas le marché : c'est son propre coût de revient.

  • L'article L334-4 du code de l'énergie qualifie de prestation de service, et non de revente soumise à autorisation, l'activité de l'opérateur de recharge qui s'approvisionne en totalité auprès d'un fournisseur autorisé.
  • Hypothèse OTONOM au 05/08/2026 : le kWh délivré coûte 0,41 € HT (0,49 € TTC) en exploitation, et 0,67 € HT (0,80 € TTC) amortissement compris, sur un camping saisonnier de 150 emplacements.
  • L'accise sur l'électricité est déjà comprise dans le prix payé au fournisseur : de l'ordre de 0,026 € par kWh pour une entreprise, majoration ZNI comprise. À lire sur votre facture plutôt qu'à recalculer.
  • Convention : affichage client en TTC, calculs en HT. 0,40 € HT par kWh = 0,48 € TTC à 20 %.
  • Si vous facturez au kilowattheure, prévoyez au devis un dispositif de comptage adapté à une transaction commerciale, et faites confirmer sa conformité par le fabricant et l'installateur.

Barèmes au 05/08/2026, indicatifs et non contractuels — à confirmer avec votre expert-comptable.

Fixer le tarif de la recharge facturée à ses clients n'est pas un exercice de marketing : c'est un calcul de coût de revient, encadré par deux ou trois règles précises. La plupart des établissements se calent sur le prix des bornes publiques, découvrent après coup que leur borne perd de l'argent, et se demandent s'ils avaient le droit de facturer. Reprenons dans l'ordre : ce que coûte votre kilowattheure, ce que la loi vous autorise, comment facturer, et à quel prix.

Avez-vous le droit de facturer l'électricité à vos clients ?

C'est la question la plus délicate, et elle a une réponse claire depuis la loi d'orientation des mobilités. L'article L334-4 du code de l'énergie, en vigueur depuis le 27 décembre 2019, dispose que les opérateurs de recharge de véhicules électriques qui s'approvisionnent en totalité auprès d'un ou plusieurs fournisseurs titulaires de l'autorisation prévue à l'article L333-1 « n'exercent pas une activité d'achat d'électricité pour revente aux consommateurs finals […] mais une activité de prestation de service ».

Autrement dit : vous ne devenez pas fournisseur d'énergie en exploitant des bornes, et vous n'avez pas à demander l'autorisation ministérielle d'achat pour revente. Deux conditions de bon sens accompagnent ce régime : que la totalité de l'électricité utilisée pour cette activité vienne d'un fournisseur autorisé — c'est le cas de tout contrat de fourniture classique — et que vous ayez bien la qualité d'opérateur d'infrastructure de recharge, c'est-à-dire que vous exploitiez une véritable infrastructure, pas une simple prise remise au client.

À retenir

Facturer la recharge d'un véhicule électrique à un client est une prestation de service, pas une revente d'électricité au sens de l'article L333-1 du code de l'énergie — à la condition d'avoir la qualité d'opérateur de recharge. Ne confondez pas ce cas avec la refacturation de l'électricité d'un emplacement à l'année, qui relève des règles d'information préalable du consommateur en hôtellerie de plein air et se traite au forfait.

Une réserve d'honnêteté : l'article L334-4 vise « les opérateurs de recharge », sans définir l'exploitant hôtelier. Notre lecture est qu'un camping exploitant ses propres points de recharge entre dans ce cadre. Nous n'avons pas trouvé, au 05/08/2026, de doctrine administrative publiée traitant expressément du cas de l'hébergeur touristique — à faire confirmer par votre conseil si votre projet est de grande ampleur.

Ce que vous coûte réellement un kilowattheure délivré

Le prix d'achat n'est qu'une partie du coût. Reprenons le camping de référence de notre article sur le coût d'installation en camping : 150 emplacements, 7 points de recharge, 21 908 € HT d'investissement, 10 518 kWh vendus sur une saison de 5 mois, ou 20 076 kWh en exploitation annuelle.

Ces kilowattheures sont ceux mesurés au compteur de la borne : ce sont ceux que vous facturez, et ceux que l'installation doit délivrer. Le rendement de charge, de l'ordre de 90 %, ne joue qu'en aval, pour dire ce que la batterie reçoit — il n'entre ni dans le volume facturé, ni dans le coût de revient.

Composante du coûtCamping ouvert 5 moisCamping ouvert à l'année
Achat de l'électricité0,200 € HT/kWh0,200 € HT/kWh
Monétique et supervision variables0,030 € HT/kWh0,030 € HT/kWh
Abonnement de supervision (1 260 €/an)0,120 € HT/kWh0,063 € HT/kWh
Maintenance (657 €/an)0,062 € HT/kWh0,033 € HT/kWh
Coût d'exploitation0,41 € HT — 0,49 € TTC0,33 € HT — 0,40 € TTC
Amortissement sur 8 ans (2 739 €/an)0,260 € HT/kWh0,136 € HT/kWh
Coût complet0,67 € HT — 0,80 € TTC0,46 € HT — 0,55 € TTC

Le résultat surprend, et il est structurant : ce sont les charges fixes qui font le prix. L'abonnement de supervision pèse 0,120 € HT par kWh quand la borne ne tourne que cinq mois, contre 0,063 € sur une exploitation annuelle. Le même matériel, la même énergie, un coût d'exploitation supérieur de 27 % du seul fait de la saisonnalité.

Conséquence directe, et limitée au scénario étudié : dans un camping saisonnier de 150 emplacements ouvert 5 mois, aucun tarif client réaliste ne couvre le coût complet. Facturer 0,80 € TTC le kWh placerait une charge lente au-dessus du niveau des bornes rapides d'autoroute. La borne ne s'équilibre donc pas sur elle-même dans ce cas de figure — elle se justifie par les réservations conservées. Un établissement ouvert à l'année, lui, se rapproche de l'équilibre.

Les deux composantes que vous ne maîtrisez pas

Votre prix d'achat dépend de votre contrat de fourniture, mais deux éléments sont réglementés et méritent d'être connus.

L'accise sur l'électricité, ex-CSPE, se lit en deux temps. Un tarif normal par catégorie fiscale — 20,92 € par mégawattheure pour les entreprises du 1er février au 31 juillet 2026 (arrêté du 27 janvier 2026) —, puis une majoration destinée aux zones non interconnectées, que paient aussi les consommateurs de métropole au titre de la péréquation. La loi de finances pour 2026 a fait baisser le tarif normal de 0,50 € par mégawattheure au 1er août 2026, et la majoration a été relevée à la même date : le total s'établit autour de 26 € par mégawattheure, soit environ 0,026 € par kWh. Nos sources professionnelles divergent de quelques centimes sur ce total : vérifiez le montant exact sur votre facture. Dans tous les cas, l'accise est déjà incluse dans le prix facturé par votre fournisseur, et vous n'avez rien à déclarer au titre de la recharge, puisque vous restez le consommateur final de cette électricité.

La TVA. La recharge facturée séparément relève du taux normal de 20 %, alors que la location d'un emplacement de camping classé bénéficie du taux réduit de 10 % (article 279 a du CGI). Si vous choisissez d'inclure la recharge dans le prix du séjour, le traitement de cette composante est un point à trancher avec votre expert-comptable : nous n'avons pas identifié de doctrine publiée sur ce cas précis au 05/08/2026. Indicatif et non contractuel.

Facturer à l'énergie, à la session ou au temps ?

ModeCe qu'il donneLimite
Au kilowattheureLe client paie ce qu'il consomme. Modèle le plus lisible et le plus juste.Exige un dispositif de comptage adapté à une transaction commerciale et une supervision qui facture.
À la sessionUn forfait par charge, par exemple 12 € TTC la nuit. Simple à encaisser à la réception.Pénalise les petites batteries, encourage les grosses. Recette peu prévisible.
Au tempsUn prix à l'heure. Libère la borne, adapté aux emplacements rares.Un véhicule qui plafonne à 7,4 kW paie autant qu'un autre qui accepte 11 kW : mal perçu.
Inclus dans le séjourAucun encaissement, argument commercial fort.Aucun frein à l'usage : risque de véhicule ventouse.

La combinaison la plus efficace en hébergement est l'énergie plus le temps : un prix au kilowattheure, complété d'un frais d'occupation au-delà d'une durée de stationnement définie. Le premier paie l'énergie, le second libère le point de recharge.

Si vous facturez au kilowattheure, la mesure sert de base à une transaction commerciale. Exigez donc de votre fournisseur un dispositif de comptage et de facturation adapté à une transaction commerciale, et faites-le figurer au devis. La conformité du matériel aux exigences de mesure et de contrôle applicables doit être confirmée par le fabricant, l'opérateur et l'installateur pour la solution retenue : c'est une question à poser avant la commande, pas après.

À quel prix, concrètement ?

Quatre étapes suffisent, dans cet ordre.

  • Calculez votre coût d'exploitation : achat du kWh, frais de monétique, abonnement de supervision et maintenance divisés par le volume annuel attendu. C'est votre plancher absolu, et il s'exprime en HT.
  • Relevez vous-même le marché local, plutôt que de reprendre une fourchette lue quelque part. Notez, à une date donnée, le prix TTC au kilowattheure affiché par les bornes publiques situées dans un rayon de vingt kilomètres, en distinguant la charge lente de la charge rapide. Nous ne publions pas de fourchette nationale : nous n'avons identifié, au 05/08/2026, aucune source publique consolidée des prix pratiqués sur les bornes ouvertes au public en France.
  • Positionnez-vous en dessous de la borne rapide la plus proche. Votre client échange de la vitesse contre du confort : il dort pendant la charge. Il accepte de payer plus qu'à domicile, pas plus qu'en itinérance.
  • Affichez en TTC. Notre moteur retient 0,40 € HT par kWh, soit 0,48 € TTC au taux de 20 %. En camping, les prix des prestations doivent être affichés toutes taxes comprises à l'entrée, à la réception et au lieu de vente ; les prestations essentielles et annexes des contrats de location d'emplacement doivent en outre être détaillées avant signature (arrêté du 24 décembre 2014 relatif à l'information préalable du consommateur dans les établissements hôteliers de plein air).
À retenir

Avec les hypothèses retenues, à 0,40 € HT par kWh — 0,48 € TTC —, notre camping de référence dégage 0,17 € HT de marge brute par kWh et un résultat annuel de − 129 € sur cinq mois d'exploitation. Monter le prix de 0,05 € HT ajoute environ 526 € par an et suffit à repasser à l'équilibre, sans changer la nature du projet, qui reste commercial.

Si vous ouvrez vos bornes aux visiteurs extérieurs

L'admission de personnes extérieures rend l'infrastructure probablement ouverte au public, même sur terrain privé, dès lors que son accès est non discriminatoire — un badge ou un paiement n'y change rien. Le statut ne se déduit donc pas de votre intention, mais des conditions réelles d'accès.

Ce statut n'impose ni la gratuité, ni le paiement : la recharge peut rester gratuite ou devenir payante, c'est votre décision commerciale. Lorsqu'elle est facturée, des obligations d'accès sans abonnement préalable, de transparence tarifaire et, selon la puissance du point et sa date de déploiement, de moyens de paiement s'appliquent.

Ces obligations viennent du règlement européen AFIR (UE) 2023/1804, applicable depuis le 13 avril 2024. Il ne se résume pas à une règle unique : son contenu varie selon la date de déploiement du point de recharge, sa puissance — le règlement distingue notamment les points d'au moins 50 kW des autres — et selon que la recharge est facturée ou non. Les points de 7,4 à 22 kW d'un camping se situent sous ce seuil de 50 kW, mais leur régime exact doit être qualifié avant de publier des tarifs. S'y ajoutent des obligations de transmission de données et de continuité de service.

Le prix n'est qu'une variable du projet

Fixer 0,40 ou 0,45 € HT par kWh déplace le résultat de quelques centaines d'euros. Choisir 5 points au lieu de 7, ou passer de 11 à 7,4 kW, déplace l'investissement de plusieurs milliers. Le tarif se décide donc après le dimensionnement, jamais avant : notre simulateur de bornes pour camping et hôtel et notre article combien de bornes de recharge pour un camping traitent cette étape.

OTONOM est l'orchestrateur A→Z de la transition mobilité, recharge et énergie des entreprises. Nous ne vendons ni bornes ni électricité : nous chiffrons, coordonnons les installateurs, énergéticiens, financeurs et mainteneurs, et optimisons le coût financier, fiscal et énergétique. Un seul interlocuteur, des résultats chiffrés.

Quel prix facturer la recharge électrique à ses clients de camping ?
Le plancher est votre coût d'exploitation : 0,41 € HT par kWh, soit 0,49 € TTC, sur un camping saisonnier de 150 emplacements dans nos hypothèses au 05/08/2026. Notre moteur retient un prix de 0,40 € HT, soit 0,48 € TTC au taux de 20 %. Nous ne publions pas de fourchette de marché : relevez vous-même, à une date donnée, les prix TTC affichés par les bornes publiques voisines et positionnez-vous sous la borne rapide la plus proche. Indicatif et non contractuel.
Un camping a-t-il le droit de revendre de l'électricité à ses clients ?
L'article L334-4 du code de l'énergie prévoit que l'opérateur de recharge qui s'approvisionne en totalité auprès d'un fournisseur titulaire de l'autorisation de l'article L333-1 exerce une prestation de service, et non une activité d'achat d'électricité pour revente. Aucune autorisation ministérielle n'est donc requise pour facturer la recharge à ses clients, à condition d'avoir bien la qualité d'opérateur d'infrastructure de recharge.
Quelle TVA appliquer à la recharge facturée à un client ?
Facturée séparément, la recharge relève du taux normal de 20 %, quand la location d'un emplacement de camping classé bénéficie du taux réduit de 10 % (article 279 a du CGI). Le traitement d'une recharge incluse dans le prix du séjour doit être validé au cas par cas. Convention à tenir : prix affichés au client en TTC, calculs économiques en HT. Indicatif et non contractuel — à confirmer avec votre expert-comptable.
Vaut-il mieux facturer au kWh ou au forfait ?
Au kilowattheure : c'est le mode le plus lisible et le seul qui reflète la consommation réelle. Le forfait par session avantage les grosses batteries et rend la recette imprévisible. La combinaison la plus efficace ajoute un frais d'occupation au-delà d'une durée définie, pour libérer le point de recharge après la charge.
Faut-il un compteur homologué pour facturer au kilowattheure ?
Dès lors que la mesure sert de base à une facture, le dispositif doit être adapté à une transaction commerciale. Exigez de votre installateur un système de comptage et de facturation prévu pour cet usage, faites-le figurer au devis, et faites confirmer sa conformité aux exigences applicables par le fabricant et l'installateur.
Une borne ouverte au public doit-elle obligatoirement être payante ?
Non. Un point de recharge ouvert au public peut rester gratuit : le statut n'impose ni la gratuité ni le paiement. Lorsque la recharge est facturée, des obligations d'accès sans abonnement préalable, de transparence tarifaire et, selon la puissance et la date de déploiement du point, de moyens de paiement s'appliquent au titre du règlement AFIR (UE) 2023/1804, applicable depuis le 13 avril 2024.

Vous hésitez entre offrir, inclure ou facturer ? Réservez un audit gratuit : nous calculons votre coût de revient réel, nous fixons le tarif avec vous et nous nous occupons de tout.


Prix d'achat, prix de revente et coûts d'exploitation : hypothèses OTONOM au 05/08/2026, non calées avec un exploitant, indicatives et non contractuelles. Convention : prix affichés au client en TTC, calculs économiques en HT, au taux normal de 20 %. Aucune fourchette de prix des bornes publiques n'est publiée ici, faute de source publique consolidée au 05/08/2026. Barèmes fiscaux au 05/08/2026 — indicatifs et non contractuels, à confirmer avec votre expert-comptable.